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Mercredi 18 août 2010:
Éditorial l'ère du soupçon et de la division Par Michel Guilloux Un pas en arrière, deux pas en avant. Il n'est pas question pour le ministre de l'Intérieur de pointer du doigt les maires avec la même virulence que son collègue de l'Industrie. Prise en compte du tollé soulevé, jusque dans son propre camp, par les déclarations contre le « laxisme » des édiles ? Sans doute dans le ton employé, assurément pas quant au fond Brice Hortefeux n'irait pas jusqu'à mettre à l'amende les premiers magistrats, ça non. Il s'est « contenté » d'indiquer, hier, qu'il a déjà demandé « à chaque préfet » d'établir « un bilan objectif de l'action des collectivités ». Ah ! L'objectivité des bilans établis par les représentants de l'État à la demande de leur supérieur hiérarchique direct ! Christian Estrosi désigne la cible. Brice Hortefeux prépare les munitions. La charge lancée le week-end dernier dans les colonnes du JDD n'a donc rien d'isolé et encore moins de fortuit. Tous les moyens de l'État sont mobilisés par la droite pour mener son offensive sans précédent de division, de haine et de peur. L'ère du soupçon est ouverte pour des élus du peuple. À quand leur désignation à la vindicte, sur la base de ces résultats « objectifs » distillés par le ministère de l'Intérieur ? C'est contre les villes et quartiers populaires que se concentre l'attaque, là où se vivent le plus durement les conséquences de la politique régressive du gouvernement et du patronat, tout comme l'impasse nationale en matière de sécurité. C'est dans une municipalité comme Choisy-le-Roi, à direction communiste, qui a été menée une de ces opérations à grand spectacle permettant d'appliquer la politique du chiffre à l'expulsion de pauvres gens, en un bilan douteux mêlant sciemment Roms et gens du voyage. Dans ce cas, on ne lésine pas sur l'emploi de forces de l'ordre. On détruit le bidonville naissant. Et après ? On laisse le maire qui, par humanité, a ouvert un gymnase pour ne pas laisser des familles entières à la rue, se dépêtrer tout seul. Dans ce cas, le préfet est aux abonnés absents. Occupé à établir un « bilan objectif » pour son ministre ? On ne saurait trouver mieux en matière de spéculation sur le pourrissement d'une situation créée de toutes pièces par le gouvernement, sur ordre du président de la République. On peut mesurer le choix de société de cette droite à l'aune de son utilisation des deniers publics. Alors qu'une superaustérité s'annonce pour le plus grand nombre, que les mêmes collectivités locales sont sommées de couper, de gré ou de force, dans le vif de leurs budgets et effectifs, en matière d'aviation, on ne lésine pas. Devenu préposé à l'expulsion des Roms, Éric Besson ne parle pas de charters mais de vols « de compagnies privées depuis des aéroports publics ». Qu'en termes délicats ces choses-là sont dites. Il semble plus facile au ministre de l'Immigration de payer des vols privés que de trouver une solution humaine à la situation qui prévaut à Choisy-le-Roi, appelée à se multiplier dans le pays à un rythme supérieur à des affrètements, au demeurant peu efficaces. Mais tel n'est pas le but poursuivi, là comme ailleurs. (source l'Humanité
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