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Lundi 25 Octobre 2010:

 

La fiction des 41,5 annuités

Par Gérard Filoche, inspecteur du travail.

Une femme de 55 ans est venue à la permanence de l'inspection du travail : elle ne supporte plus d'être harcelée par sa grande entreprise d'assurances où elle est salariée depuis 28 ans. Ils lui fixent des objectifs de plus en plus inatteignables : placer des « retraites complémentaires » et des « assurances maladies complémentaires ». Ses équipes travaillent, par mailing et par photonig, plus de 10 heures par jour pour démarcher les pigeons potentiels. Mais, forcément, comme elle dit, « les gens n'ont pas d'argent ».

Hé oui, et les plus avisés ne tombent pas dans le panneau : Ils savent qu'ils se feraient voler leurs sous et que leurs petites économies finiraient dans les caves à subprimes des îles caïman... « C'est quoi cette histoire de rente à vie qui me permettrait d'avoir une bonne retraite ? » demande une petite voix publicitaire innocente sur les radios ? Réponse : un piège à gogos du frère Sarkozy tapi chez Médéric-Malakoff. Comment peut-on s'assurer contre ce que la Sécu ne couvre plus ou suppléer à ce que le système de retraite cassé par Fillon ne garantit plus ? Le privé fait le maximum pour occuper le terrain de la protection sociale publique affaiblie, mais encore faut-il y ait des sous...

À 55 ans, divorcée, elle a deux grands enfants à l'université : elle voudrait partir, plutôt que de finir en capitolade. Mais elle n'a que 37 annuités de cotisation. Elle ne peut aller ailleurs, car il y a eu 17,5 % de chômeurs en plus l'an écoulé pour les seniors de son âge.

Autre éclairage : vient à ma permanence, un jeune de 27 ans dans la même boîte d'assurances, il a été embauché, par petites annonces, pour « surcroît exceptionnel de travail », trois fois consécutives, en CDD de 6 mois. C'est illégal puisque, entre chacun de ses CDD, il aurait dû y avoir un délai de carence égal au tiers du temps du premier CDD. Mais surtout, alors qu'on lui avait promis l'embauche au bout du troisième CDD, il vient d'apprendre que ce ne sera pas le cas. Or il a vérifié les petites annonces et l'entreprise vient d'en publier une nouvelle, demandant le même type de poste, la même qualification, pour le même travail que celui qu'il faisait... Jointe au téléphone, la DRH assure qu'elle n'embauche plus, prétend que l'annonce ne concerne pas le même travail, etc. On a ainsi 23 % de « juniors » qui cherchent des contrats de travail décents, pas précaires, à temps plein. On a 2 « seniors » sur 3 qui, à partir de 57 ans, ne peuvent plus ou ne veulent plus travailler, épuisés souvent, déclarés inaptes ou licenciés. La fiction des 41,5 annuités est donc un autre piège à gogos puisque, dans la vie réelle, ça ne marche pas, et quand ça marche, ça prive les jeunes de boulot...

(source L'Humanité Dimanche)

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