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Mardi 17 août 2010:
Éditorial « La Bêtise au front de taureau » Par Michel Guilloux « Vite soufflons la lampe, afin de nous cacher dans les ténèbres ! » Il est plus que douteux que la lecture de Baudelaire inspire un tant soit peu le cours actuel de la stratégie choisie à droite. Pour autant, le poète qui, au XIXe siècle, dénonçait « la Bêtise au front de taureau » aurait de quoi écrire. Après tout, d'hier à aujourd'hui, la mentalité qui anime les puissants n'a guère évolué : « Guerre aux pauvres, vivent les riches. » L'imagination n'est pas au pouvoir. Le la ayant été donné de l'Élysée, chacun y va désormais de son couplet sécuritaire. Dernier en date : Christian Estrosi. Après l'insécurité, c'est la faute aux Roms – qu'il faut expulser -, aux gens du voyage – qu'il faudrait sans doute enfermer -, aux citoyens français « d'origine étrangère » - qu'il faudrait déchoir de leur nationalité -, aux parents d'enfants déscolarisés – qu'il faudrait mettre en prison -, désormais, ce serait la faute aux maires « laxistes » - qu'il faudrait mettre à l'amende. Si l'exemple vient d'en haut, cette dangereuse surenchère ne saurait faire oublier le bilan que l'on peut tirer en maints domaines de l'action de la droite au pouvoir. En matière de « sécurité » depuis 2002, les Français peuvent constater les résultats de l'ancien ministre de l'Intérieur devenu chef de l'État. Pas moins de dix-sept lois votées en huit ans ! Mais des tribunaux et des gendarmeries que l'on ferme, des milliers de postes de gendarmes et de policiers supprimés, une progression ininterrompue des actes de violence. Et il n'y aurait aucune relation entre les premiers et la dernière ? À son échelle, le maire de Nice – dont le bilan n'est pas plus - « flatteur » en la matière – emboîtant le pas à son mentor, agite un nouveau chiffon rouge devant l'exaspération populaire. Compte-t-il ainsi faire oublier ses propres responsabilités en tant que ministre de l'Industrie avec le triste record de 250 000 emplois sacrifiés en 2009 ? Rendons grâce à la ministre de l'Économie qui, en éternelle sœur Sourire du CAC 40, éclaire le fond de la politique gouvernementale. Peu importe que les nouveaux chiffres de la croissance traduisent plus qu'une fragilité, ils ont pu être obtenus grâce « à la suppression de la taxe professionnelle », déclare-t-elle dans un communiqué, qui étrangle ces mêmes collectivités locales, sommées par le gouvernement de se mettre comme lui à la suppression massive d'emplois publics... Les contre-feux de la droite aux affaires de l'été ressemblent de plus en plus à une stratégie de pompiers pyromanes. Ils sont aussi allumés face à la montée dans l'opinion de l'opposition à la réforme des retraites, qui commencera à se cristalliser le 7 septembre prochain. Le succès des initiatives menées durant cette période de congés autour de la pétition des députés communistes et du PG en est un indicateur, singulièrement parmi les jeunes générations de salariés à qui elle peut être proposée. De « sacrifiée » par les politiques menées depuis des années, ils risquent de constituer « une génération perdue », alerte l'Organisation internationale du travail, avec toutes les conséquences en chaîne pour une société dont ils sont pourtant les garants de l'avenir. Que la rentrée sociale à venir travaille à une convergence des générations bousculera bien des calculs. (source l'Humanité)
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