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Jeudi 28 Octobre 2010:
« Ils ont voté la loi, et nous, on continuera » Hier, aux abords du Sénat, le rassemblement étudiant à l'appel de l'Unef n'a pas déçu. Enseignants, lycéens, travailleurs, ils étaient nombreux venus les soutenir. « Monte le son du sonotone », c'est le nom du rassemblement qui, hier, à Paris, devant le Sénat, a mobilisé des centaines de personnes, à l'appel de l'Unef. À l'intérieur de l'Hémicycle, les sénateurs, sourds aux revendications populaires, votaient la version définitive de la loi portant sur la réforme des retraites. Avec pour objectif de « prendre le relais des mouvements lycéens » pendant les vacances de la Toussaint, et de s'inscrire dans la durée aux côtés des salariés, les étudiants ont, une fois de plus, prouvé leur immense détermination. 14 h 30. Ils sont là. Des étudiants, bien sûr, mais pas seulement. Des lycéens, des professeurs, des enseignants-chercheurs et des salariés en grève sont venus les soutenir « ils ont voté la loi, et ont continuera », lit-on sur les banderoles. Le ton est donné. À 15 h 30, le cortège, parti de Jussieu, rejoint les grilles du jardin du Luxembourg. La foule se presse devant les portes du Sénat. Au gré du rassemblement parisien, hier, entre banderoles des slogans, entre jeunes et moins jeunes, le message est unique : le mouvement contre la réforme des retraites ne faiblit pas et les revendications dépassent désormais le cadre de la seule réforme. Arnaud a trente-sept ans. Il est enseignant-chercheur à Paris-Sud et s'il est devant le Sénat, c'est non seulement par solidarité avec ses étudiants, mais également pour défendre son métier, un métier mis à mal par une succession de lois et de réformes visant à casser toujours plus les services publics. « Il y a un bruit de fond dans le pays qui dépasse aujourd'hui la réforme des retraites. Il y a des mouvements locaux dans plusieurs universités en France. On se bat contre un gouvernement qui a décidé de se servir de la réforme des retraites pour faire passer tout le reste. Aujourd'hui, ils sont en train de terminer dans l'urgence le travail de sape de l'enseignement supérieur amorcé par les réformes Pécresse. Mon université, Paris-Sud, va être torpillée par les grandes écoles, c'est le but recherché pour économiser sur les services publics. » Arnaud va même jusqu'à dénoncer le « harcèlement », l'acharnement d'un gouvernement « prêt à tout pour se goinfrer ». Un avis largement partagé. Car si la défense des retraites reste la matrice des mobilisations, les revendications s'élargissent. C'est le cas dans la jeunesse. Une jeunesse sans perspective d'avenir, une jeunesse sacrifiée, piétinée par les lois du marché. « Les jeunes se sentent spoliés. Les entreprises optent pour la précarisation des jeunes dans le but d'avoir une main-d'oeuvre malléable », explique Yoann. Étudiant en première année de droit, encarté aux jeunesses communistes et syndiqué à l'Unef, il martèle que la poursuite et l'intensification du mouvement structuré sont les seules solutions. À vingt-deux ans, il a peur de l'avenir, comme toute une génération. « Nous pouvons espérer un job fixe un vingt-sept ou vingt-huit ans. Et encore ! C'est une question d'emploi. Il faut régler le problème de l'emploi des jeunes. » Par la voix de son syndicat, Yoann milite aussi pour que les étudiants « travailleurs en formation » puissent cotiser pendant leurs années d'études, et c'est aussi pour ça, qu'hier il était dans la rue. « Les jeunes sont précarisés dans leur présent, avec toutes les difficultés qu'ils traversent en termes de logement ou d'emploi, mais aussi dans leur futur », constate Laure, étudiante en sciences sociales à Créteil. Pour elle, il y a un malaise profond de la jeunesse aujourd'hui, qu'elle résume en une phrase : « L'avenir, pour nous, n'est qu'un long tunnel. » Le constat est amer. Au milieu de la foule rassemblée devant le Sénat, Dominique et Didier sont venus prêter main-forte à un mouvement qu'ils soutiennent sans hésiter. Ce couple d'enseignants lillois, en vacances à Paris, dénonce un gouvernement qui tente d'étouffer la voix d'une jeunesse inquiète pour son avenir. « Les jeunes savent se prendre en main, il n'y a aucun problème de récupération politique. Par contre, l'État, par le biais des rectorats, vise à faire taire la jeunesse en demandant, entre autres, aux proviseurs de signaler les meneurs et de ne pas leur donner de salles pour tenir leurs assemblées générales », explique Didier. Et quand à la suite des mobilisations, ils sont confiants. En tout cas, eux, ne lâcheront rien. Hier, alors que le pouvoir opposait aux cris de tout un peuple barrières et CRS, était écrit, quelque part, au feutre noir, sur un morceau de carton : « Ceux qui vivent sont ceux qui luttent. » Victor Hugo, comme un appel à continuer... Marion d'Allard (source l'Humanité du mercredi 27)
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