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Jeudi 18 Novembre 2010:

 

Éditorial

Frappé !

Par Maurice Ullrich

Comment un président de la République parlant de « l'intérêt général » peut-il, dans un pays où huit millions de salariés gagnent moins de 950 euros par mois, ne pas en dire un mot en 90 minutes de télé ? Comment est-il possible qu'aucun des trois journalistes présents ne l'ait interrogé à ce propos alors que les chiffres de l'Insee sur l'emploi et les salaires venaient d'être publiés. Et, tandis  qu'hier matin, les commentaires tournaient rond et en rond sur le changement de style du président, on retenait l'annonce de la suppression de l'impôt sur la fortune. Voilà le grand chantier de Nicolas Sarkozy, si l'on met de côté le numéro de démagogie sur la dépendance quand la santé va de plus en plus mal : la réforme de la fiscalité. Pour une fiscalité plus juste ? Non point, mais pour les plus riches, encore les plus riches. Car l'éventuelle suppression du bouclier fiscal ne peut faire illusion. C'est un tour de passe-passe, un jeu de Bonneteau où gagnent toujours les mêmes.

950 euros par mois. Les femmes, les femmes seules, les jeunes sont les premières victimes de ces bas salaires. Ils sont le plus frappés par les hausses de prix dont celles des loyers. Le logement représente 27 % du budget de l'ensemble des ménages, 39 % du budget des plus modestes. Mais c'est pour la masse des salariés que la question des salaires est posée avec toujours plus d'acuité. Au point que dans nombre d'entreprises les directions des « ressources humaines » mettent en garde. Il y a péril en la demeure. Et certains de penser que la bataille sur les retraites pourrait trouver des prolongements dans les revendications salariales. Ce ne serait pas un transfert des mécontentements. Patronat et gouvernement se sont entendus pour geler pratiquement les rémunérations. Les augmentations ont été en moyenne de 3,5 % par an pendant trente ans, mais les deux dernières années ont marqué un sérieux coup d'arrêt. Même chose l'an prochain au train où vont les choses. Sauf que ce train peut changer de rythme. Dans nombre d'entreprises, des mouvements sont en cours. D'autres ont déjà obtenu des succès significatifs et l'on peut citer, avec l'ironie qui convient, ce commentaire dans la Tribune du vice-président de l'association nationale des DRH : « Je suis frappé par le retour des augmentations collectives dans les entreprises, qui touchent également les cadres. Dans le même temps, les DRH favorisent l'individualisation, y compris chez les non-cadres. Il faut des rémunérations individuelles car elles sont un élément de motivation et de reconnaissance. » Bien sûr...

Une autre politique des salaires est possible. Les administrateurs des grands  groupes n'en doutent pas d'ailleurs, qui se sont versé 16 % de plus en 2009. Faites comme je dis... la suite est connue. Plus profondément la bonne santé des entreprises est avérée, saluée par la presse économique. Plus 12 % de croissance pour celles du CAC 40. Dans l'automobile, aidée il y a dix-huit mois comme on le sait, Michelin affiche une hausse de son chiffre d'affaires de 23,9 %, PSA de 10,28 %, Renault de 5,7 %, mais au-dessus du marché mondial qui grimpe de 4,6 %. Une autre politique des salaires est aussi nécessaire. C'est un levier pour une croissance saine, décourageant la spéculation financière, favorisant une vraie reprise. C'est le contraire que veut Nicolas Sarkozy avec son gouvernement de « professionnels aguerris », comme l'écrivait Étienne Mougeotte hier dans le Figaro. Professionnels, ça oui, de la droite.

(source l'Humanité)

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