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Jeudi 19 août 2010:
Triel-Chanteloup Et au milieu et les Roms...
Au coeur de la plaine de triel-Chanteloup, dans les Yvelines, habitent une vingtaine de familles roms. Sédentarisées depuis plusieurs années, elles vivent dans la crainte d'une possible expulsion. Reportage au sein de cette communauté dont la moitié sont des enfants. Triel-Chanteloup (Yvelines), envoyée spéciale. Il faut parcourir plusieurs centaines de mètres, sur un chemin de terre rendu boueux par les pluies des derniers jours avant d'apercevoir les premières caravanes. Au milieu de l'immense plaine de Triel-Chanteloup (Yvelines), une centaine de Roms sont installés depuis novembre 2007. Loin, bien loin, des premières habitations : sur les hauteurs qui entourent la plaine se dressent les communes de Triel-sur-Seine, Chanteloup-les-Vignes et Carrières-sous-Poissy. Même isolés, les Roms ne sont pas les bienvenus ici. Il y a deux mois, des pelleteuses ont procédé à l'encerclement du camp : de profonds fossés ont été creusés, des monticules de terre élevés, la terre labourée. « Officiellement, c'est pour éviter que les déchets ne s'étalent sur toute la plaine, soupire Anne Laforgue, du Collectif de soutien aux familles roms. Ça fait des mois qu'on demande des bennes à ordures, on a eu que trois poubelles, c'est dérisoire. » Le campement a été installé le long d'un petit chemin de terre : une cinquantaine de caravanes et quelques baraques en tôle. Une centaine de Roms originaires de Roumanie vivent ici, une cinquantaine d'adultes pour autant d'enfants. Certains sont en France depuis 2001, chassés d'autres camps, ils se sont réunis ici il y a un an environ. « Malgré les intimidations, il n'y a jamais eu de tentative d'expulsion, explique Anne Laforgue. Mais depuis le discours de Sarkozy (le 28 juillet -NDLR), tout s'est accéléré. » La semaine dernière, les forces de l'ordre sont venues procéder à un relevé d'identité général ; le lendemain les fonctionnaires de l'Office français de l'immigration et de l'intégration venaient proposer aux familles des aides au retour volontaire : 300 euros par adulte, 100 par enfant pour rentrer de leur propre chef aux pays. Autant de signes avant-coureurs d'une probable expulsion. « Ce camp n'a pas vocation à perdurer », confirme le sous-préfet de Saint-Germain-en-Laye, Philippe Court, qui se refuse à donner une date d'évacuation. « C'est peut-être difficile à entendre pour certains et notamment pour votre journal, mais les gens en situation irrégulière ont vocation à être reconduits dans leur pays, assène-t-il. D'autant qu'ils sont dans une situation doublement illégale puisqu'ils occupent des terrains privés. » Et le sous-préfet de s'empresser de citer la lettre ouverte du maire de Carrières-sous-Poissy, Eddy Aït (PRG), qui demandait, la semaine dernière, au président de la République la « mise en œuvre concrète » de l'évacuation des camps de Roms dans son département. Devant une caravane décrépie, une petite fille balaye la terre. Un souci d'hygiène que l'on retrouve dans les caravanes, aux intérieurs impeccables. Pourtant, le premier point d'eau se trouve au cimetière, à vingt minutes à pied. « Je mets les bouteilles d'eau dans la poussette, explique Yonika, trente ans, deux longues tresses noires retombant d'un foulard violet. Mais non, c'est pas loin ! » Tous les habitants du camp sont unanimes : la vie ici est un paradis comparé à celle qu'ils ont laissée en Roumanie. « C'est mieux pour nos enfants, poursuit Yonika. Là-bas, il n'y a plus rien. » Elle explique la misère, le chômage, le racisme ambiant qui empêche les Roms de scolariser leurs enfants ou de louer une maison. Sans compter que son village a été ravagé par une inondation. Et s'ils sont expulsés par avions spéciaux, comme l'a promis le ministre de l'Intérieur, Brice Hortefeux ? « Non, non, c'est pas bien, dit Yonika en secouant la tête. Ma vie sera finie. » Citoyens européens depuis 2007, les Roms sont soumis à des mesures transitoires : après trois mois en France, ils doivent justifier de ressources suffisantes sous peine d'être renvoyés dans leur pays. Contraints à la clandestinité, beaucoup vivent de travail au noir, de la vente de ferrailles et de mendicité. La grande majorité des enfants sont scolarisés, après une longue bataille associative qui a vu l'intervention de la Haute Autorité de lutte contre les discriminations (Halde). Ces familles ont aussi connu l'errance et les expulsions. « Les policiers ont débarqué à 5 heures du matin, se souvient Adriana, petite femme d'une trentaine d'années expulsée en 2007 d'un camp à Pierrelaye (Val-d'Oise). Toutes les caravanes ont été emmenées à la casse. Ils nous ont laissés sur le bord de la route un jour et une nuit. J'ai vu que rien n'allait changer, donc je me suis inscrite au retour volontaire. Deux mois après, je suis revenue ici. » Ses quatre enfants sont scolarisés. Sans titre de séjour, elle ne bénéficie d'aucune prestation familiale. « Je me bats pour habiller mes enfants, pour les faire manger, mais ils ont peur que ça recommence. Mon aînée, qui doit rentrer en troisième à la rentrée, m'a dit : "Je préférerais mourir que d'aller en Roumanie". » Ici comme ailleurs, on suit les informations. Chaque jour qui voit l'expulsion d'un nouveau camp de Roms effraie un peu plus les habitants de la plaine. L'évacuation de Montreuil, où les hommes avaient été séparés des femmes et des enfants pour être mis en garde à vue, les a particulièrement marqués. Depuis, chaque nuit, les hommes quittent le campement pour se cacher. Marie Barbier (source l'Humanité)
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