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Mardi 24 août 2010:
Éditorial tout ça pour ça Par Maurice Ulrich Du politologue Jean-Luc Parodi, hier, dans le Journal du dimanche, ce commentaire au vitriol de l'été de Nicolas Sarkozy et de deux points gagnés dans les sondages qui le mettent à 36 % d'opinions favorables : « Tout ça pour ça. » Un discours phare sur l'insécurité, des propositions provocantes sur la nationalité, une stigmatisation globale d'une communauté, des expulsions annoncées et mises en scène... Encore ces deux points gagnés à ce prix-là masquent-ils un effondrement dans certaines catégories. Moins 13 % chez les cadres supérieurs et les professions libérales, soit 79 % de mécontentement, comme chez les salariés du secteur public. De là à conclure à l'été meurtrier pour le chef de l'État, il y a un pas. La preuve, il monte de sept points chez les sympathisants du Front national, ce qui semblait bien le but recherché. Devant ce résultat, la République devrait blêmir. L'opération Brégançon, avec la réunion autour de lui des ministres de l'Économie, du Budget et du premier ministre, peut-elle, comme le Loto, rapporter gros en termes de popularité ? On en doute. Elle n'est pas simple et elle est chère. Soit dix milliards d'euros en plus qui vont peser sur les contribuables. François Fillon est apparu en veste à col Mao. Cela sied mieux à la rigueur et en ces temps où la Chine est devenue la deuxième puissance économique mondiale, autant se la jouer façon Grand Timonier. Sauf que c'était pour une reculade sur les prévisions de croissance, quand bien même Christine Lagarde ne cessait de claironner, il y a quelques semaines, qu'elles seraient de 2,5 %. Mais il faut croire que ce chiffre n'existait que dans ses rêves, au moins si l'on en juge par le communiqué de l'Élysée : « Compte tenu du rebond de l'activité, la perspective de croissance de 1,4 % sera atteinte ou dépassée pour l'année 2010 ; ceci autorise aussi, en cohérence avec les prévisions de l'OCDE, une prévision de croissance de 2 % pour 2011. » Le FMI, plus prudent, parle de 1,6 %. Nicolas Sarkozy prétendait qu'il irait chercher la croissance avec les dents. La France pourrait s'en mordre les doigts. Mais était-ce bien là le problème à Brégançon ou s'agissait-il d'autre chose ? La croissance ? Allons donc ! Le Monde, vendredi, résumait le problème du chef de l'État et de ses trois ministres : « Comment rassurer les marchés sans donner l'impression de matraquer les classes moyennes. » Ne pas en donner l'impression. Tout le savoir-faire politique est là. Mais il n'est pas sûr que cela suffise. Entre les Français et les marchés, Nicolas Sarkozy a choisi depuis longtemps. Son camp, c'est celui du CAC 40 et du bouclier fiscal, à l'opposé d'une vraie croissance appuyée sur une fiscalité freinant la croissance financière et la spéculation, sur une relance du pouvoir d'achat, favorisant l'emploi. Il a choisi son camp mais avec quelles marges de manœuvre ? Cet été de la honte a prouvé qu'elles se traduisent au point que la pêche aux voix du FN est devenue privilégiée. Dans le même temps, l'opinion doute. Le volontarisme ne fait plus recette. Les fausses promesses faites aux chantiers de Saint-Nazaire viennent encore de le prouver. L'affaire Woerth-Bettencourt, qui se complique encore, éclaire d'un jour cru les relations entre le pouvoir et l'affairisme. La rentrée, avec le grand rendez-vous du 7 septembre sur les retraites, s'annonce extrêmement tendue. Mais nous savons aussi que Nicolas Sarkozy et ses ministres zélés sont capables de préférer la politique du pire et du pourrissement. Les rendez-vous de la rentrée doivent être, avec la gauche, les syndicats, le mouvement social, de grands moments démocratiques. (source l'Humanité)
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