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Lundi 30 août 2010:

 

Éditorial

Les temps changent

Par Patrick Apel-Muller

C'était il y a un an seulement et pourtant l'opération a pris des couleurs sépia. De Marseille à Dijon, Vincent Peillon, flanqué de certains dirigeants socialistes et de ténors du Modem, noyait une dose de gauche dans de grands volumes de Modem. Tout un appareil médiatique était alors mobilisé pour réduire les ambitions de transformations à l'antisarkozysme et à quelques principes républicains. Mais le coup de tonnerre a fusé et les élections régionales ont fini d'éteindre cette mèche. Des personnalités sociales-démocrates historiques comme l'éditorialiste du Nouvel Observateur Jacques Julliard réclament même du PS un projet de rupture avec la société libérale. Daniel Cohn-Bendit n'est pas parvenu lors de l'université des Verts à faire avaler aux militants son indulgence pour la réforme des retraites ourdie par le gouvernement. L'échec des solutions capitalistes à la crise a fait son oeuvre. Et les universités d'été de la gauche dessinent un paysage de mobilisation générale contre la politique de Nicolas Sarkozy, qu'elle vise les Roms, les jeunes ou les salariés.

Le président de la République sait que sa position n'est plus inexpugnable. Il a déjà dû lâcher du lest sur l'allocation logement des étudiants et sur leur deuxième mois de bourse. L'opinion publique aspire à une autre conduite des affaires du pays. Les élections de 2012 peuvent permettre de tourner la page... à condition de ne pas tomber dans les pièges de l'homme providentiel. Les électeurs en ont vu ce qu'il a coûté en 2007. Les tentations ne manquent pas. Certains amis de Dominique Strauss-Kahn se félicitent du silence et de l'éloignement du patron du FMI, pour glisser « laissons faire la main invisible des sondages »..., écho bien choisi à la célèbre formule sur « la main invisible des marchés financiers ». Afin d'éviter les voies de traverse où s'est trop souvent perdue la gauche au pouvoir, l'élaboration d'un projet qui permette de s'émanciper des dogmes capitalistes était au coeur des universités d'été du PCF et du PG, qui entameront ce processus avec leurs partenaires du Front de gauche le samedi 11 septembre, à l'Agora de la Fête de l'Humanité. Martine Aubry a annoncé hier que la droite allait être bientôt « débordée » par les propositions du PS pour construire une « autre France ». Une série de conventions socialistes sont programmées cet automne.

Cependant, les bonnes intentions ne suffiront pas. Les Français rejettent le pouvoir actuel sans être convaincus que la gauche fera beaucoup mieux. « Nous voulons remettre au centre de gravité de la gauche les défis dont elle n'aurait jamais dû se détourner pour réussir le changement, donner aux femmes et aux hommes de gauche la force de se réapproprier une gauche dans laquelle ils ne se reconnaissent plus », assurait hier Pierre Laurent. Les postures ou l'affichage d'une « rectitude morale » n'y suffiront pas. La gauche doit faire ses preuves dans la pratique des luttes immédiates – les retraites, l'école, les libertés publiques, les salaires... - et permettre aux citoyens d'être coauteurs des projets politiques, garants de leur solidité et de leur pérennité. La Fête de l'Humanité, ouverte à tous les vents de la transformation, sera la caisse de résonance géante des débats de la gauche.

(source l'Humanité)

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