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Mercredi 24 Novembre 2010:
Éditorial L'affrontement Par Maurice Ulrich En promulguant la loi sur les retraites en pleine nuit juste avant de partir au G20 et d'annoncer dans la foulée un remaniement gouvernemental resserrant autour de sa personne une équipe de zélée, ce qui n'est pas une preuve de force, Nicolas Sarkozy pensait tourner la page et reprendre la main. Il n'en est rien. Les syndicats ne sont pas défaits et la journée d'hier, qui n'a pas connu bien évidemment l'ampleur des journées précédentes, à quoi personne ne s'attendait, a témoigné pourtant d'une combativité qui a surpris plus d'un observateur. Non l'opinion n'est pas résignée et le déni de démocratie qui lui a été opposé va faire plus que laisser des traces. Il va y avoir dans la France des prochains mois d'autres mobilisations, que ce soit pour l'emploi ou pour les salaires, et les directions entreprises s'y attendent. Le sentiment partagé une profonde injustice, le rejet des inégalités n'ont fait que grandir et les manifestations dans cette grande bataille des retraites, en ont témoigné avec une ampleur sans précédent. Il y a de quoi. Les profits des groupes du CAC 40 sont bien repartis à la hausse. Les banques plastronnent de nouveau et 89 % des banquiers et des traders, selon les chiffres publiés hier par un institut spécialisé, s'attendent à recevoir un bonus cette année et anticipent une hausse par rapport à 2009. La bataille sur la réforme des retraites, quelle qu'ait été son issue, n'a pas été un baroud d'honneur du mouvement social, au contraire. Elle est un grand moment d'un affrontement désormais engagé entre les peuples, et pas seulement en France, et les marchés financiers. Aujourd'hui mercredi, le Portugal va sans doute connaître la plus grande grève générale de son histoire, et alors qu'un budget de rigueur sans précédent est programmé, le secrétaire général de la première centrale syndicale, Manuel Carvalho da Silva, enjoint le gouvernement de refuser « le chantage des usuriers internationaux » et « leurs recettes de sacrifices ». Là non plus il ne s'agit pas d'un baroud d'honneur. Lundi, John Monks, dirigeant britannique des syndicats européens, était à Lisbonne pour aider, selon ses propres termes, « à la préparation de la grève ». Il a annoncé dans les mois qui viennent « beaucoup d'agitation et de grèves générales » en Europe. En Irlande, où un accord au printemps dernier entre les syndicats, le patronat et le gouvernement avait décidé de l'interdiction des grèves dans le secteur public jusqu'en 2014, cette offensive antidémocratique au service du capital n'a pas empêché les syndicats d'appeler cette fois à la désobéissance civile en cas de non-retrait du gouvernement. Ce dernier, jugé totalement responsable de la crise qui secoue dramatiquement le pays, est entièrement désavoué, tandis que les Irlandais s'estiment véritablement « déshonorés ». Faut-il rappeler encore, ici, qu'il y a quelques années l'Irlande était présentée comme l'élève prodige de l'Europe en raison de son dumping fiscal en faveur des entreprises et de la déréglementation généralisée qui y était mise en oeuvre. Résultat, une course effrénée des banques à la rentabilité financière, les amenant à prêter dans cette quête du profit à des emprunteurs qui ne pouvaient pas rembourser. Exactement sur le modèle de la crise aux États-Unis. La bulle a explosé, et aucune des leçons véritables de la crise commencée il y a deux ans n'a été retenue par les dirigeants des États, en Europe comme ailleurs. On ne sait s'il faut en rire mais c'est l'ultra-milliardaire Waren Buffet qui déclarait hier : « Je crois que les gens comme moi devraient payer plus d'impôts. Notre situation est meilleure qu'elle ne l'a jamais été. » (source l'Humanité)
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