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Mercredi 25 août 2010:

Éditorial

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Par Michel Guilloux

Trop c'est trop ? La ligne utradroitière lancée fin juillet à Grenoble par le chef de l'État avait un triple objectif : resserrer le « noyau dur » de l'électorat qui avait assuré sa victoire en 2007 ; tenter de faire oublier l'effet, désastreux pour la droite, des révélations de l'affaire Woerth-Bettencourt ; enfin, allumer un pare-feu au mécontentement social, alors que le pouvoir entend faire passer en force l'une de ses contre-réformes maîtresses, la casse du droit à la retraite. Bien sûr, nul ne peut savoir ce que cette dérive dangereuse donnera sur la durée. Au sortir d'une période estivale qui n'aura connu aucune trêve, le plan de bataille connaît toutefois de premiers ratés.

À la veille d'un Conseil des ministres conçu pour avancer dans la mise en place de la superaustérité réclamée par les marchés financiers, les risques encourus pour la droite même semblent si importants que de plus en plus de voix s'élèvent désormais de ce côté-là de l'échiquier politique. Jusqu'à un Jean-Pierre Raffarin qui parle de « propositions » qui sont « absurdes », citant avec précision « celle qui consiste à mettre les parents en prison » ou « celle qui consiste à sanctionner les maires ». L'ancien premier ministre UMP va même jusqu'à lancer un avertissement : « Je vais vous le dire très clairement, il me semble qu'il y ait une majorité au Sénat pour voter de tels amendements. »

Quand un prêtre de Lille renvoie une décoration de la République. Quand un évêque de Saint-Étienne déclare désapprouver « vigoureusement les actions spectaculaires de ces dernières semaines ». Quand l'éditorialiste de l'hebdomadaire catholique la Vie signe un texte intitulé « Le malaise » et écrit : « Inquiet, parfois démoralisé, malmené de diverses façons, le discret troupeau des pratiquants réguliers peut sans doute apprécier un discours identitaire. Mais si on pense lui faire prendre un virage sécuritaire ou lui désigner des boucs émissaires, on risque de se tromper »... La campagne xénophobe qui déferle depuis des semaines a rendu visible une fracture profonde jusque dans cette large part croyante de l'électorat de droite, qui « décroche » de façon spectaculaire depuis un an dans la confiance qu'elle avait mise en Nicolas Sarkozy. Jeter en pâture Roms et gens du voyage, amalgamer sans vergogne immigrés et délinquants, jeter la suspicion entre des Français qui seraient « de souche » ou « d'origine étrangère » ne peut qu'encourager ceux qui défendent l'ambition républicaine, mise à mal, de liberté, d'égalité et de fraternité à se retrouver ensemble pour la défendre le 4 septembre prochain.

L'attaque portée s'inscrit dans la durée et vise à souder la part la plus dure d'un électorat pouvant marier droite dure et extrême droite. En un sens, quelles que soient les visées pour 2012, nous sommes entrés dans le cœur du débat de société qui en conditionnera l'issue. Ou bien la division, ou bien la riposte à cet ultralibéralisme ravageur, d'où peut naître une alternative crédible. Parce que c'est aujourd'hui que des millions et des millions de Français souffrent de cette politique. Le mouvement, qui s'annonce large, contre le projet Woerth, dès le 7 septembre prochain, porte cette aspiration à une société vivable contre le projet d'insécurité sociale et de concurrence généralisées porté par la« réforme » des retraites. Qu'il s'ancre en profondeur dans le monde du travail ne sera pas sans conséquences.

(source l'Humanité)

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