> Presse —> Après la récession, la déflation ? L'Europe joue avec le feu ! |
Dimanche 22 août 2010:
Après la récession, la déflation ? L'Europe joue avec le feu ! L'expérience des années 1930 n'a pas suffi. Alors que la reprise est plus que fragile, les politiques réactionnaires des gouvernements européens risquent d'enclencher la mécanique infernale de la déflation. Le Japon semble s'y être englué. Certes, à force de plans de relance, la croissance pourrait, cette année, dépasser les 2 %, pour la première fois depuis 2006. Mais la baisse des prix sévit toujours (1,5 % au cours de la dernière année). Les États-Unis la redoutent, tout en évitant de prononcer le mot qui fâche. L'inflation est « faible » et devrait rester « contenue » pendant « plusieurs années », estimé, fin juillet, le président de la Réserve fédérale. Ben Bernanke a précisé que la Banque centrale se tenait prête à prendre de nouvelles mesures pour relancer plus vigoureusement une économie toujours plombée par un taux de chômage de 9,5 %. Et éviter que la chose ne se produise ! De fait, en juin, les prix à la consommation ont baissé, pour le troisième mois consécutif. En un an, leur progression reste de 1,1 %. Mais on est sur le fil. Le spectre, c'est celui de la déflation, une baisse générale et durable des prix qui enclenche en trois temps une spirale infernale. Anticipant de nouvelles baisses de prix, les ménages reportent leurs achats. Du coup, anticipant une baisse des débouchés, les entreprises réduisent leur production. Le chômage augmente, les salaires baissent. D'où une baisse des revenus qui alimente à son tour la baisse de la demande. Autre enchaînement fatal : la déflation augmente mécaniquement le coût réel des dettes contractées à taux fixe. La situation des emprunteurs – États, entreprises ou ménages – se détériore. Ils n'ont plus intérêt à investir. Faute de confiance en l'avenir, les ménages préfèrent épargner – d'où un nouvel impact négatif sur la consommation et donc l'activité générale. Pour les États, la charge de la dette est plus lourde alors que la baisse d'activité réduit les rentrées fiscales – d'où un creusement des déficits publics. Face à cette dégradation générale, les banques resserrent le crédit. Enfin, la déflation prive la politique monétaire de toute efficacité. Une fois que les banques centrales ont baissé jusqu'à zéro leur taux d'intervention, difficile d'aller au-delà ! Pourtant, c'est encore trop si les prix évoluent négativement. Ce sont ces enchaînements pervers qui ont entraîné la grande dépression des années 1930. Et les politiques menées à l'époque par certains gouvernements n'ont fait qu'accroître le désastre. La France notamment a tout fait pour s'enliser : défense de la convertibilité du franc en or (toute émission de monnaie devait avoir une contrepartie et une garantie d'échange en or) qui a freiné le développement du crédit et entravé la reprise de la croissance, décrets-lois Laval de 1935 qui ont réduit de 10 % tous les paiements de l'État, dont les salaires des fonctionnaires. Et comme les autres, elle s'est efforcée de lutter contre les déficits publics. Si le président de la Fed, Ben Bernanke, par ailleurs universitaire spécialiste de la crise de 1929, semble en alerte, les gouvernants de l'Union européenne appliquent sans vergogne des politiques suicidaires, alors même que tous les pays ne sont pas sortis de la récession. Et qu'au sein de l'UE, hors énergie et produits saisonniers, l'inflation plafonne à 0,9 %. Au nom de l'équilibre des comptes publics et de la satisfaction des marchés, sous l'œil attendri du FMI, on taille dans les dépenses publiques : suppression d'emplois publics, gel ou baisse des salaires des fonctionnaires, des allocations sociales ... Alors que le chômage explose, les entreprises ont les coudées franches pour exiger des gains de productivité et peser sur les rémunérations. On l'a vu récemment chez Fiat, en Italie, ou GM, à Strasbourg. Grosse différence avec les années 1930 : la Banque centrale européenne (BCE) arrose les banques de liquidités bon marché. Mais faute de sélectivité, elle nourrit la spéculation plutôt que les investissements utiles. Selon les chiffres mêmes de la BCE, les banques ont encore nettement durci le crédit aux entreprises au cours du trimestre écoulé. Gare la spirale infernale ! Dominique Sicot (source L'Humanité Dimanche)
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