> Presse —> Le temps des privilèges décomplexés |
Mercredi 4 août 2010:
Le temps des privilèges décomplexés Le pouvoir de Nicolas Sarkozy s'est mis ouvertement au service des privilèges de la fortune. Pas une réforme qui ne vise à les favoriser. On comprend qu'ils lui soient reconnaissants. En un modèle de concision - « il règne actuellement une ambiance malsaine de nuit du 4 août » -, Jean-François Copé, président du groupe UMP a l'Assemblée nationale, en référence à l'abolition des privilèges la nuit du 4 août 1789, avouait d'un même élan qu'il se tient dans le camp des privilégiés, et que ce camp est gagné par une « grande peur ». C'était à l'approche du 24 juin dernier, alors que les salariés défilaient en masse pour lancer la contestation de la réforme des retraites. Et annonçaient, avec le 7 septembre, une rentrée exceptionnellement chaude. Le double aveu de Jean-François Copé n'a rien d'un accident de discours. Depuis 2007, les hommes du pouvoir annoncent la couleur. Ils ne sont pas seulement « de la droite décomplexée », ils sont sans complexe du côté des riches. C'est même la marque de fabrique du régime sarkozyste depuis l'inauguration du quinquennat au Fouquet's. Et, depuis, il n'est pas une mesure, une réforme qui ne porte en elle cette visée : protéger ou rétablir les privilèges des puissants. À commencer par l'instauration du bouclier fiscal qui a permis aux plus riches contribuables de se faire rembourser 700 millions d'euros par l'État en 2009. Exonérations de charges à tour de bras pour les entreprises, suppression de la taxe professionnelle, niches fiscales diverses... La liste est longue des mesures qui dessinent un gouvernement « aux petits soins » pour le capital et les grandes fortunes. À quoi doit s'ajouter l'ensemble des mesures qui ont fait de la crise une aubaine pour les banques et les actionnaires.
Le pouvoir de Sarkozy favorise les privilégiés Sous Nicolas Sarkozy, le pouvoir est un privilège qui sert à favoriser les privilégiés. Et on l'utilise à foison quand on décide de limiter la publicité sur les chaînes publiques à la seule fin de favoriser les rentrées publicitaires de TF1 pour Bouygues ou quand on libère les jeux d'argent en ligne au bénéfice des Lagardère, Bouygues, Le Lay, Bolloré, Pinault ou Balkany... L'affaire Woerth-Bettencourt révèle ce qu'a d'insupportable cette connivence entre ce pouvoir et les « milieux d'affaires ». Le plus grand des scandales n'est pas ce que la justice révélera ou non d'illégal dans les fraudes fiscales ou les conflits d'intérêts. C'est la « légalité » du reversement par l'État d'un chèque de 30 millions d'euros à Liliane Bettencourt. C'est que les relations entre un ministre influent, sa famille et la plus grande fortune de France soient considérés comme naturelles et allant de soi. C'est le même petit monde des grands. Jean-François Copé dit craindre une nouvelle nuit du 4 août, comme l'ancien premier ministre Dominique de Villepin déclarait le 18 avril dernier : « Oui, il y a une forte colère qui s'exprime dans notre pays, oui il y a un risque révolutionnaire en France. » Qu'ils croient à cette révolution ou qu'ils nous en agitent l'épouvantail montre que leur règne est une imposture : celui d'une minorité sur la majorité. Mais une minorité privilégiée qui a, comme aujourd'hui lorsqu'ils lancent leur campagne sécuritaire, la possibilité de faire diversion, de diviser, mais aussi d'imposer des lois de plus en plus répressives. Dans la défense des privilèges, mieux vaut faire preuve de prudence face au peuple, même quand on le méprise. C'est ce que Nicolas Sarkozy conseillait aux députés de sa majorité en décembre 2008 : « Les Français adorent quand je suis avec Carla dans le carrosse, mais en même temps ils ont guillotiné le roi. C'est un pays régicide. Au nom d'une mesure symbolique, ils peuvent renverser le pays. » Chiche ? Olivier Mayer
(source l'Humanité)
|