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Mercredi 9 Décembre 2009:
Travail Le plan contre le stress angoisse les DRH du CAC 40 Le 1er décembre, vers 20 heures, une trentaine d'invités arrive dans les salons feutrés de l'Automobile club de France, place de la Concorde, à Paris. Un diner très sélect qui réunit les directeurs des ressources humaines (DRH) des principales entreprises du CAC 40 autour d'Hervé Lanouzière, directeur du Travail de Xavier Darcos. La rencontre est organisée par le Cercle des DRH, groupe travaillant « à infléchir l'action du législateur ». Un lobby, donc, qui sait d'autant mieux se faire entendre qu'il compte parmi ses membres les plus grandes entreprises françaises. Faire capoter le projet Thème de la rencontre : le plan d'urgence pour la prévention du stress au travail, lancé en octobre par le ministre du Travail, au moment où l'émotion sur la vague de suicides à France Télécom est à son comble. Un plan d'urgence qui, pour le coup, angoisse les DRH. Car les entreprises de plus de mille salariés ont jusqu'au 1er février pour signer un accord sur la prévention du stress. À cette date, le ministère rendra publique la liste des contrevenantes avec une signalétique claire : feu vert pour celles qui seront déjà bien avancées dans leurs négociations et feu rouge pour les mauvaises élèves qui n'auront rien fait. Tremblez, patrons anxiogènes ! Rien de très méchant a priori, mais qui pourrait quand même causer un peu de tord à l'image si patiemment construite de certaines entreprises. Du coup, les DRH ont tout tenté pour ramener le gouvernement à la raison. Et faire capoter son plan. « Nous avons rappelé au directeur du Travail à quel point les délais impartis nous semblaient irréalistes », explique un participant. « Certaines entreprises ont entamé des négociations dans le cadre de l'accord interprofessionnel sur le stress il y a presque deux ans et n'ont toujours pas abouti. On voit mal comment de grands groupes pourront réussir en si peu de temps sur un sujet aussi sensible », s'agace un avocat proche du Cercle. Autre argument de poids porté à la connaissance du ministère lors de cet aimable diner, les interlocuteurs des directions – les syndicats, qui doivent ratifier l'accord – ne seraient pas assez coopératifs. « Il est très difficile de leur arracher un accord en ce moment. Nous aurions préféré négocier avec d'autres instances, comme les Comités d'hygiène, de sécurité et des conditions de travail (CHSCT) », rapporte un DRH. Curieux hasard, le CHSCT est présidé par l'employeur... Exit les sanctions financières Intransigeant, le directeur du Travail est resté insensible à ces récriminations. « On a essayé de faire reculer la deadline, d'obtenir que la signalétique soit moins stigmatisante... Rien », affirme un participant dépité. Hervé Lanouzière a expliqué à ses hôtes qu'outre la sensibilité croissante de l'opinion à ces sujets, le ministère du Travail avait reçu ces derniers mois des signes concordants sur une hausse des suicides au travail. Bien avant que les nombreux cas France Télécom ne défraient la chronique... La menace de sanctions financières pour les entreprises qui ne joueraient pas le jeu, un temps évoquée par Darcos, n'est, elle, plus d'actualité. De quoi être moins stressé. * Claire Ismard
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