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COMMENT ANALYSER L'OFFENSIVE NEO-LIBERALE EN COURS CONTRE L'ECOLE ?
Depuis le vote des lois Fillon et Borloo l'an dernier et la mise en place du nouveau gouvernement avec De Robien comme ministre de l'éducation nationale, les mesures de casse du système éducatif public tel qu'il s'est construit ces dernières décennies et les déclarations provocatrices du ministre se multiplient. Devant cette accumulation, il nous semble nécessaire aujourd'hui de faire le point des transformations mises en oeuvre ou prévues, d'en examiner les cohérences, d'en évaluer les conséquences tant sur le plan social et politique qu'au niveau de la bataille idéologique afin de mieux ajuster nos propositions dans le cadre d'une perspective de changement..
I : Mise en oeuvre des lois Fillon et Borloo: Le "socle commun des connaissances et de compétences". Je ne reviens pas sur l'analyse que nous avons faite de ce concept. Une commission nationale, dont sont exclues toutes les organisations professionnelles ou partis politiques est en train de travailler son contenu. Mais il apparaît de plus en plus nettement que ce sera le critère de légitimité permettant de fixer le premier palier d' orientation éventuellement imposée par l'institution à des élèves jugés incapables, avant même le terme de la scolarité obligatoire, de poursuivre des études Ainsi le projet de loi "Pour l'égalité des chances " prévoie dans son titre 1: - "Mesures en faveur de l'éducation, de l'emploi et du développement économique" – section 1: "Formation d'apprenti junior" - que la première année du parcours dit "d'apprentissage junior initial" comprendra "des enseignements généraux, des enseignements technologiques et des stages en milieu professionnel. Toutes ces activités visent à la fois à l'acquisition du socle commun des connaissances et de compétences, à la découverte des métiers et à la préparation de la formation à l'apprentissage" . Ce parcours pouvant "déboucher sur la conclusion d'un contrat d'apprentissage à partir de l'âge de quinze ans". Il y aura donc bien, dorénavant, en toute légalité républicaine, deux écoles dans ce pays:
a – une école réduite à l'acquisition de quelques fondamentaux utilitaires, étroitement liés à des métiers d'exécution: l'école des "exclus", débouchant de façon anticipée sur l'apprentissage
b – une école plus développée, destinée aux "autres", qui pourront poursuivre leurs études jusqu'au palier d'orientation suivant maintenu pour l'instant en l'état ( fin de troisième, et fin de seconde pour "rattraper les erreurs de parcours" vers des études secondaires professionnalisantes ) tandis qu'un troisième contingent d'élèves sera autorisé à poursuivre plus loin, vers des études supérieures longues. Gageons qu'un nouveau projet viendra, sous peu formaliser un peu mieux les choses. La suppression des TPE en terminale et leur maintien dans une forme d'initiation en première nous en fournit sans doute un premier élément: il s'agit en effet, d'une première expérience de travail de synthèse réalisé à la suite d'une recherche personnelle ou en équipe permettant d'évaluer des capacités hors des normes disciplinaires traditionnelles… En complément de cette stratégie visant à gérer les conséquences jugées "inévitables" ( c'est à dire contre lesquelles on ne peut pas lutter ) des inégalités sociales à l'école, la loi Borloo met en place, à travers les "équipes de réussite éducative" censées regrouper au niveau local tous les acteurs de l'éducation, de l'enseignant au psychologue, en passant par l'éducateur et l'orthophoniste pour la mise en oeuvre d'un
"Programme personnalisé de Réussite éducative" placé sous la responsabilité du maire. C'est l'externalisation de la gestion de l'échec scolaire à tous les niveaux et sa prise en charge par les collectivités locales. Le service public d'éducation nationale abandonne ainsi une de ses missions, communément admise depuis les années 60-70 ( prolongation de la scolarité obligatoire en 1959 par le décret Berthoin; instauration du "collège unique par Haby en 1975 et massification du second degré ) de lutte contre l'échec scolaire et de réduction des inégalités sociales face au savoir. Ce dispositif s'ajoute à celui du CEL ( Contrat Educatif Local ) faisant lui aussi appel à des équipes pluri disciplinaires placées sous la responsabilité du maire. C'est une confirmation de plus du rôle dévolu aux collectivités territoriales par la 2ème loi de décentralisation (2004 ) dite "loi Raffarin"1, de sous traitantes de la politique gouvernementale pour tout ce qui touche à l'éducatif et au social avec, comme nous l'avons déjà souligné, l'acceptation des inégalités de traitement entre les jeunes selon des critères territoriaux. Que se passera-t-il dans les communes dont les ressources ne permettront pas le financement de cette politique, et dans celles qui, pour des raisons idéologiques, se désintéressent de l'avenir des jeunes en grande difficulté ?
Notons enfin que cette politique se développe dans le cadre d'une stratégie globale de réduction des emplois de fonctionnaires qui se traduit dans le secteur de l'Education Nationale par des suppressions massives de postes d'enseignants dans le second degré ( plus de 20 000 en 4 ans selon le Snes ) et de refus des créations nécessaires pour compenser les hausses d'effectifs élèves dans le premier degré: on sait les conséquences de ce type de mesure: alourdissement des effectifs par classe, suppression de dédoublements, de possibilités de suivi individuel des élèves, de soutien personnalisé, … c'est à dire aggravation des conditions d'études pour tous ( enseignants et élèves ) dont pâtissent en premier lieu les élèves les plus fragiles. Dans le même temps, la diminution drastique des recrutements, dont les effets , même légèrement différés dans le temps viendront aggraver encore cette situation montrent qu'il s'agit là d'une orientation politique pour le long terme. II - Formation professionnelle: une révolution en cours. Depuis une dizaine d'années, une véritable révolution est en cours en ce qui concerne la politique de l'état pour ce qui concerne formation professionnelle initiale. Historiquement, celle ci s'est développée, depuis une trentaine d'années, sous la responsabilité du service public d'éducation nationale, avec notamment la création des Lycées professionnels qui ont succédé aux CET et avec la disparition progressive, à partir des années 60, des écoles d'entreprises ( essentiellement d'ailleurs d'entreprises publiques ). Dans cette conception, l'accès à la formation, aux diplômes comme la reconnaissance des qualifications dans les conventions collectives et le droit du travail étaient l'affaire de la société, c'est à dire des pouvoirs publics, du service public, des partenaires sociaux, notamment à travers les CPC2 … C'est en prenant appui sur ce système que l'on peut espérer aboutir un jour à la construction d'un système de "Sécurité Sociale Professionnelle" ( CGT ) ou "Sécurité Emploi Formation ( PCF).
Mais sous l'impulsion de l'Union Européenne et de la Commission de Bruxelles dans le cadre de la stratégie de Lisbonne, cette conception est de plus en plus considérée aujourd'hui comme obsolète par le patronat et les divers gouvernements qui se sont succédés sous prétexte
1 Cette mesure s'ajoute à celle concernant le transfert des personnels TOS, sur laquelle nous nous sommes déjà largement exprimés pour insister sur le fait que , si elle pose effectivement des problèmes de financement ( et donc à terme des perspectives de privatisation des services de l'éducation nationale ), elle pose surtout des questions de cohérence dans la mission éducative globale du service public.
2 CPC: Commissions Professionnelles Consultatives: elles étaient ( sont encore ) composées de représentants des pouvoirs publics, des organisations patronales et des syndicats représentatifs et chargées d'élaborer les programmes de formation correspondant aux diplômes professionnels délivrés par l'état, ainsi que leur classement dans les conventions collectives. qu'elle ne répondrait pas aux besoins d'une économie compétitive dans le cadre de la mondialisation Concrètement, il s'agit de faire passer le système de Formation Professionnelle du secteur public avec ses finalités éducatives et sociales à un système marchand piloté en partenariat entre pouvoirs publics, et partenaires sociaux ( Patronat; syndicats ), avec des finalités d'adaptation des formes et contenus de formation et de validation étroitement dépendantes des exigences du marché du travail définies par les employeurs. La FP considérée comme un vecteur essentiel de la compétitivité, de la performance économique et de la rentabilité, c'est le primat de l'"employabilité" et de la flexibilité sur la qualification et la compétence.
L'apprentissage et l'alternance sous contrat de travail, le contrat de professionnalisation, les multiples formules de stages en entreprise peu ou pas rémunérés et, nouvelle mouture, les CPE de Villepin ( "Contrats Première Embauche" ) deviennent les formes dominantes de la nouvelle formation professionnelle, reléguant l'acquisition d'un diplôme au second rang dans la recherche d'un emploi.
Dans cet esprit, les Lycées professionnels sont condamnés à terme dans leur conception actuelle, pour devenir des établissements dispensant une formation de plus en plus généraliste se rapprochant des autres filières de formation ( générale et technique ), la véritable formation professionnelle initiale se faisant au travers, notamment, de l'apprentissage. C'est tout le sens du plan Borloo ( objectif: 500 00 apprentis ) et – accélération décidée à la faveur de la "crise des banlieues" - de sa variante " apprentissage à 14 ans" pour les jeunes les plus en difficulté.La loi de décentralisation confie la réalisation de cette politique aux régions , ce qui place certains élus en situation plus que délicate…
III – la politique De Robien: Recentrage de la "politique d'éducation prioritaire" de lutte contre les inégalités
Sur un nombre d'établissements réduit : c'est une des nouveautés de la rentrée apportée par le ministre De Robien avec la mise en place des 3 catégories d'établissements ZEP:
- les EP1, ( collèges "ambition réussite" et écoles de leur secteur de recrutement concentrant de manière importante des élèves en grande difficulté sociale et scolaire ), qui verraient leurs moyens s'accroître au détriment de tous les autres ' un équivalent de 1000 postes de "super profs" financés exclusivement par la voie du redéploiement, ( notamment le prélèvement partout d'une ½ heure d'enseignement en 4ème et en 3ème ); Le nombre d'établissements concernés serait extrêmement réduit par rapport au nombre de ZEP actuelles;
- Les EP2 ( collèges ZEP accueillant une population scolaire relativement mixte ), qui continueraient de recevoir les moyens dont ils disposent actuellement ( seules les zones urbaines seront concernées par ce classement, les établissements de zones rurales n'étant pas concernés );
- Les EP3 qui ont vocation à sortir du réseau des ZEP en trois ans, et donc à perdre les moyens supplémentaires dont ils étaient dotés à ce titre.
La politique des ZEP est, depuis l'origine, fondée sur une territorialisation de la stratégie d'aide en direction des établissements scolaires, ceux ci étant labellisés en fonction de critères sociaux correspondant au profil des élèves qu'ils accueillent. Il s'agit donc d'une politique globale de lutte contre l'échec scolaire, valable pour l'ensemble du système éducatif3.
Le recentrage de cette politique sur un nombre réduit d'établissements ne remet pas formellement en cause le principe même de la stratégie ZEP, mais la faiblesse des moyens
3 Nous parlons ici bien entendu en termes de principes politiques; Autre chose est l'appréciation sur les moyens notoirement insuffisants – notamment en termes de postes permettant des diminutions significatives d'effectifs dans les classes concernées - mis au service de cette politique, situation responsable, pour l'essentiel, de l'échec relatif des ZEP selon le rapport de l'INSEE. mobilisés en faveur des établissements classés EP1 risque bien de ne pas permettre sauf exceptions, de créer les conditions d'un changement radical de perspective pour ces établissements et ces élèves. Dans le même temps, la restriction drastique du nombre d' établissements concernés aura pour effet de réduire à néant le caractère "généraliste" de cette politique, qui ne concernerait plus qu'un nombre restreint de jeunes, alors que toutes les enquêtes montrent qu'elle devrait concerner au minimum environ 20% des élèves ( en moyenne nationale ). On voudrait faire définitivement la démonstration que la politique des ZEP n'est décidément pas efficace, et donc qu'il faut faire autre chose, qu'on ne s'y prendrait pas autrement ! Mais une alternative à cette politique est d'ores et déjà mise en oeuvre, à travers deux types de mesures:
a – soutien et aides personnalisées aux "élèves particulièrement méritants" à travers des bourses d'études"au mérite" et, par exemple, une autorisation pour les élèves ayant particulièrement bien réussi au brevet des collèges de déroger à la sectorisation des lycées, et donc d'intégrer les classes de seconde des lycées élitistes, de centre ville. Notons qu'il s'agit là, au passage, de la première attaque en règle ( au niveau réglementaire ) contre le principe même de la sectorisation qui revient à détruire le principe d'égalité de traitement et donc a officialiser la concurrence entre établissements. Si elle devait s'étendre, cette politique aboutirait inéluctablement à la remise en cause4 du principe d'égalité des familles devant l'éducation, c'est à dire du principe de service public.
b – développement des voies d'accès parallèles aux habituels concours (ultra sélectifs ) vers les grandes écoles réservées aux "meilleurs élèves issus des quartiers défavorisés" sur le modèle de ce qui se pratique déjà avec Sciences Po depuis 2002. Dans la même veine, la création d'un véritable lycée d'élite réservé aux jeunes de banlieues a déjà été envisagée en Seine Saint Denis. Cette politique, si elle a le mérite de permettre à certains jeunes de pénétrer dans le cercle très fermé d'établissements ultra sélectifs réservés aux enfants de la haute bourgeoisie, a surtout pour fonction de ne pas remettre en cause – mais au contraire de conforter - le système qui , en privilégiant la culture des classes dominantes, préserve les grandes écoles de l'éventuelle irruption massive d'élèves issus des milieux populaires mais aussi des couches moyennes , comme cela s'est produit pour les universités dans les années 70-80. Elle a comme caractéristique fondamentale d'assigner comme mission au système éducatif l'aide à l'individu méritant en lieu et place de la réussite de tous au plus haut niveau. La collectivité en a fait assez, c'est aux individus de se prendre en charge. Et pour que les choses soient bien claires, la collectivité ( encore un fois le Conseil Général ) sanctionnera les parents défaillants qui ne se couleront pas dans ce moule idéologique par la suspension des allocations familiales5. Les élèves qui échouent et leur famille sont ainsi clairement désignés comme seuls responsables (avec leurs familles ) de leur échec.
C'est bien d'un changement fondamental dans la politique éducative de la nation –orientée depuis les années 60 vers la recherche de l'égalité des chances à travers" l'école unique" qu'il s'agit. Comme le signalait un article du Monde, "La responsabilisation de l'individu… a été préférée aux habituelles réponses globales apportées par l'état". C'est une illustration de la politique de "rupture" de N. Sarkozy … en réponse à la faillite de l'état-
4 Le contournement de la carte scolaire n'est pas nouveau: ce qui l'est, c'est le contournement institutionnalisé par la loi, ( une loi pour permettre de contourner la loi ! ), qui plus est sur la base de la concurrence entre établissements dont la "différence de qualité" est ainsi normalisée. 5 Cette question fait partie du projet de loi"pour l'égalité des chances" qui sera soumis au vote du parlement dans les prochains jours: titre III, articles 24 et 25 sur le "Contrat de responsabilité parentale". Là encore, la responsabilité de mise en oeuvre de cette moi est dévolue au président du Conseil Général. providence, du modèle social et du modèle d'intégration suivi jusqu' ic6i. C'est cette doctrine qui est aujourd'hui suivie par le gouvernement Villepin, celui ci considérant que "la crise des banlieues" de novembre dernier a créé une situation nouvelle qui permet aujourd'hui cette radicalisation.
IV - Une stratégie politique très élaborée: Parallèlement à la mise en oeuvre progressive de cette politique, le ministre ne cesse d'alimenter la chronique médiatique de déclarations plus ou moins provocatrices, en tout cas spectaculaires, entraînant un véritable détournement du débat: Il en va ainsi du débat sur les méthodes d'apprentissage de la lecture, qui provoque l'émotion légitime de la communauté scientifique et éducative ( et qui, au passage, vise à remettre en cause le principe fondamental de la liberté pédagogique de l'enseignant et à restaurer le principe de la pédagogie officielle. Cette intervention du ministre dans le domaine de la pédagogie " accompagne" de fait le vote de la loi faisant obligation aux professeurs d'histoire d'enseigner les "bienfaits de la colonisation", c'est à dire une idéologie officielle ). Mais c'est aussi la relance de la proposition d'alléger les programmes d'enseignement ( interview au Parisien le 3 janvier ); d'affecter des policiers dans les établissements scolaires pour lutter contre la violence à l'école ( suite à l'agression à coups de couteau le 16 décembre de la collègue du lycée professionnel L. Blériot )
; la remise à l'ordre du jour de la bivalence des enseignants de second degré, "au moins pour les collèges" ( proposition qui aurait comme avantage collatéral mais non insignifiant de diviser les syndicats …), etc…
Par ailleurs, certaines mesures imposées ont, dans ce contexte, pour fonction essentielle de tenter une division entre parents et enseignants en culpabilisant les uns et en grattant les autres dans le sens du poil: obligation faite aux enseignants des collèges et lycées de remplacer leurs collègues absents; rappel à l'ordre des chefs d'établissements pour qu'ils organisent les conseils de classe en dehors des "heures habituelles de travail des parents",
Devant cette véritable "révolution néo-libérale" en cours, comment réagissent les forces progressistes et, d'abord, les premiers concernés, parents et personnels du service public ?
V – quelles perspectives alternatives ? Devant un tel déferlement, les personnels de l'éducation et les parents en général, et les organisations professionnelles en particulier semblent comme paralysées par l'ampleur de l'offensive, incapables de construire une perspective alternative crédible. Un fait s'impose: il n'y a pas de réaction globale, cohérente, à cette offensive au niveau national. Pas plus depuis la rentrée scolaire 2005 que l'an dernier où les jeunes ont été bien seuls à se battre contre la loi Fillon, faisant d'ailleurs au passage la démonstration que la lutte peut payer puisqu'ils ont obtenu l'annulation d'une des propositions essentielles du ministre à propos du "baccalauréat à la carte" par le biais du contrôle continu . Notre proposition, en décembre, d'une réaction commune n'a suscité qu'un intérêt finalement limité du coté des organisations professionnelles: si la FSU et la FCPE étaient représentées aux discussions préparatoires, aucune de ces organisations n'a voulu engager sa signature. Seules la FERCCGT et l'UNEF ont signé la déclaration. Du coté des mouvements associatifs, les seules signatures finalement obtenues sont celles du GFEN, des CMEA et de la Fondation Copernic.
La Ligue de l'enseignement, par exemple, n'a pas daigné répondre à l'invitation. 6 Le Monde du 3 décembre 2005: article "La droite replace l'individu au centre de sa doctrine" signé M. Laronche. L'article s'appuie essentiellement sur l'analyse du contrat de responsabilité parentale. Le même article rapporte des propos de l'ancien ministre de l'éducation nationale, F. Fillon, selon lequel ""La politique de territoires et de catégories a échoué". La même remarque vaut pour le champ politique: le PS s'est abstenu de participer aux discussions préparatoires et les Verts qui, eux , étaient présents et ont formulé des amendements au projet de déclaration que nous proposions ont finalement refusé de le signer.
Seuls la LCR, les Alternatifs, le Mars et le MRC ont accepté de s'engager sur ce texte.
Le Parti Socialiste trace les grandes lignes de son projet pour l’école dans la résolution adoptée par le congrès du Mans. Son approche n’est pas centrée sur la lutte contre l’échec scolaire: à quelques détails près, son ambition semble se borner à reproduire les politiques menées antérieurement. La lutte contre inégalités est seulement abordée sous l’angle de la baise des effectifs à 15 dans les ZEP, rien sur formation, contenus, méthodes, l’intervention de la recherche…
On y retrouve aussi la préconisation des lycées métiers qui avaient suscité une large opposition.
Si l’on retrouve l’expression « définition d’une culture commune », sa conception – il faudra le vérifier dans débat – semble très différente de la définition que nous tentons cerner. En effet, elle écarte culture entendu au sens de "production d' oeuvres artistiques" qui fait l’objet d’une approche particulière et relever « autre culture » à laquelle il faut sensibiliser la population. Le sport est lui aussi traité part comme élément important d’éducation et formation ». A l’évidence les concepts demandent à être discutés précisés.
L’approche globale du système éducatif est aussi radicalement différente. Le PS préconisant « une individualisation des pédagogies » ; le recours aux mesures individuelles de soutien aussi bien dans scolaire que le péri scolaire (aide aux devoirs, activités sportives…).en liaison avec les collectivités locales et mouvements d’éducation populaire. Si rien n’est dit sur une éventuelle prolongation de la scolarité obligatoire, par contre pré-scolarisation à deux ans devient un objectif dans le cadre d’un service public de la petite enfance qui enveloppe les crèches, gardes d’enfant, la lute contre pauvreté infantile. A souligner que l’école maternelle n’est pas évoquée dans cet ensemble. Au final, l’ensemble du projet est une reprise des politiques scolaires menées dans la période où le PS était au gouvernement sans analyse critique sur cete périodet les échecs de ces politiques.
Seule lueur d'espoir dans ce contexte, la réaction des "scientifiques" avec l'appel – aujourd'hui mis à disposition de tous – intitulé "Education: non à la logique du renoncement". Initié par des chercheurs dont les noms nous sont familiers – P. Meirieu, J.Y.Rochex; J. P. Terrail; S. Bonnery; S Joshua; B. Lahire; etc, il vient après plusieurs prises de positions de chercheurs, notamment sur la question de l'apprentissage de la lecture. Réaction intéressante donc, mais qui ne formule pas de propositions alternatives et, surtout, ne saurait masquer l'absence dramatique des forces de gauche sur ce terrain. Cette situation, alors que les élections professionnelles viennent de montrer que la FSU par exemple, qui prétend vouloir développer un syndicalisme de lutte et de transformation sociale, conforte son influence très largement majoritaire dans tous les secteurs de son champ de syndicalisation dans l'éducation doit nous interroger. Je propose deux éléments d'explication:
a – L'offensive gouvernementale se développe à un moment et surtout sur un terrain où, après le passage au pouvoir de plusieurs ministres de gauche à l'éducation nationale, les forces progressistes sont en panne de projet, en panne d'idées. Tout se passe en effet comme si "tout ce qui pouvait être tenté" ( y compris le "langage de vérité et le pragmatisme"de C. Allègre et celui, plus conciliant, de J. Lang ) dans le cadre politico - social et institutionnel actuel ayant été tenté et ayant échoué, la résignation avait tendance à gagner du terrain au profit du "chacun pour soi" et du "système D", ce qui signifierait concrètement un recul historique des idées de progrès dans ce secteur7. ( recul que le sondage FSU auprès des enseignants des collèges sur le "collège unique" avait déjà mis en valeur ).
Les prises de position vis à vis du rapport Thelot en 2004 ont bien mis en évidence les différences d'approche des organisations syndicales et professionnelles sur les propositions alternatives à la situation actuelle: seule la FSU s'était prononcée en opposition, toutes les autres y trouvant des points positifs…
De fait, la seule organisation qui apparaît aujourd'hui porteuse d'un projet éducatif cohérent en réponse à la crise actuelle de l'école est la Ligue de l'Enseignement9. Nous avons montré, dans un article récent, à quel point, selon nous, ce projet était dangereux, en particulier par la confusion qu'il entretient entre "éducation" et "apprentissages", et par la caution qu'il apporte sur certains points sensibles aux projets gouvernementaux. L'UNSA, au plan syndical, et dans une certaine mesure le SGEN se font volontiers les relais de ce projet.10 Mais force est de constater que la FSU, de son côté, n'est toujours pas en mesure de proposer au pays un véritable projet d'école alternatif même si, sur de très nombreux points elle est sans doute l'organisation qui avance le plus de propositions positives. Au niveau des organisations politiques, mis à part notre projet communiste "pour une école de l'Egalité, de la Justice et de la Réussite pour Tous"11 il n'existe pas à notre connaissance d'autre projet, même si la plupart des organisations ont, naturellement, des prises de position plus ou moins cohérentes sur toute une série de questions.
b – La coupure entre le politique et le syndical – plus largement le social – reste un obstacle majeur à toute élaboration d'une alternative véritablement collective des forces progressistes. La manière dont la FSU a argumenté son refus de signer le projet de déclaration commune que nous proposions en décembre dernier est significative à cet égard d'une posture qui coûte de plus en plus cher au mouvement progressiste: En clair, c'est au syndical qu'il revient d'élaborer des revendications qui satisfassent l'intérêt général ( c'est à dire à la fois celui des personnels, celui des usagers et celui du pays ( l'ordre de présentation n'est pas innocent ) et on demande au politique de mettre en oeuvre ces revendications lorsqu'il est au pouvoir. Toute initiative du politique est de fait invalidée, même si elle s'abrite souvent derrière l'alibi de l'indépendance syndicale, ou – variante plus subtile – derrière l'argument du "manque de diversité des éventuels signataires syndicaux et associatifs qui conduirait à trop marquer idéologiquement et politiquement l'organisation" signataire. Fruit d'une époque révolue, du moins pour ce qui nous concerne, cette posture est aujourd'hui un des principaux points d'achoppement de toute stratégie unitaire des forces progressistes.
7 Rappelons tout de même que le secteur de l'éducation nationale a été un acteur majeur des grandes luttes sociales de ces dernières décennies, tant sur le terrain de la défense de l'école que sur celui de l'emploi, de la protection sociale ou des retraites et que les taux de syndicalisation dans ce secteur , avec environ 25% ( toutes organisations confondues ), restent à un niveau très largement supérieur aux autres secteurs d'activité de la nation, y compris dans la fonction publique. C'était, jusqu'ici, une force à laquelle tous les gouvernements se sont heurtés, en vain.
8 Près de 70% des enseignants interrogés par la SOFRES en 2001 avaient ouvertement contesté le principe du collège unique
9" Refonder l'école pour qu'elle soit celle de tous": projet rendu public en octobre 2005. Voir notre analyse dans "la lettre du réseau "- Décembre 2005. 10 Projet porté également, au plan associatif, par les nombreuses associations qui gravitent autour de la Ligue, telles que la FOL ou les CEMEA par exemple.
11 Projet qui reste largement méconnu des militants communistes eux mêmes, mais aussi, et c'est plus grave de l'essentiel des élus ayant en charge les questions de l'éducation dans leur collectivité. D'où un certain nombre de situations de plus en plus inconfortables …
VI - Que faire ? Devant cette situation, notre parti considère qu'une réaction d'ensemble des forces progressistes est aujourd'hui une nécessité non seulement pour mettre en échec cette politique mais pour ouvrir des perspectives sur la base de propositions novatrices. Notre parti entend tout faire pour y parvenir. C'était l'objectif de la proposition que nous avons faite, en décembre dernier, d' une déclaration commune, qui a partiellement échoué. Comment, dans le contexte d'aujourd'hui, reprendre l'initiative?
Premières réponses en conclusion de notre débat d'aujourd'hui ?
José TOVAR le 19 01 2006
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