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À la gouaille des jeunes, une seule réponse : la matraque

Interpellations . Dans les rues de tout le pays, la police commence à agir avec brutalité contre le mouvement anti-CPE et, dans les tribunaux, la justice a la main lourde.

« Des câlins et des bisous ». Mercredi soir, en gare de Bordeaux, une bonne centaine d’étudiants et de lycéens occupent les voies de chemin de fer pendant une heure environ. À l’attention des forces de police dépêchées en nombre afin de les déloger, les jeunes présentent cette revendication inouïe : oui, ce sont « des câlins et des bisous » qu’ils veulent. Ils n’auront rien de tout ça : onze manifestants seront interpellés pour « entrave à la circulation » et certains d’entre eux seront vraisemblablement poursuivis, en outre, pour « outrage et rébellion ». Après les très graves blessures infligées au syndicaliste Cyril Ferez (toujours dans un état critique à ce jour) lors des charges policières place de la Nation à l’issue de la manifestation parisienne du 18 mars, après les tabassages en règle de manifestants perpétrés par des bandes ultra-violentes de détrousseurs, à quelques dizaines de mètres de cordons de CRS immobiles, le 23 mars, sur l’esplanade des Invalides, alors que les actions visant à paralyser les transports et les secteurs clés de l’économie se sont multipliées dans tout le pays hier, le gouvernement répond, chaque jour un peu plus, à la gouaille crâneuse d’une jeunesse aussi déterminée que non violente par la répression policière et la criminalisation judiciaire. À l’appel de la coordination nationale étudiante et lycéenne, des dizaines d’actions et de rassemblements se dérouleront ce vendredi dans tout le pays pour dénoncer vertement la main lourde du pouvoir contre la jeunesse.

Arrestations arbitraires, interpellations « à la louche » restaurant, dans l’esprit au moins, le principe de « responsabilité collective », humiliations et, parfois, violences corporelles dans les fourgons ou les commissariats lors des vérifications d’identité pour les anti-CPE interpellés, utilisation sans discernement des gaz lacrymogènes contre des lycéens pacifiques bloquant l’entrée de leur établissement (comme à Gagny, en Seine-Saint-Denis, mercredi dernier), comparutions immédiates à la sauvette (des avocats considèrent, et l’ont fait savoir officiellement au procureur de la République, qu’au prétexte de la « sécurité » du tribunal, la publicité des audiences n’est pas toujours assurée), charges étayées sur la base exclusive des dépositions d’agents de la force publique qui, à la différence des jeunes poursuivis, ne se présentent pas aux audiences, multiplication des peines de prison ferme, y compris pour des jets de cannettes vides, contre des jeunes gens au casier vierge, etc. Les témoignages affluent désormais. On le sait, ils ne s’en sont pas cachés : Nicolas Sarkozy, ministre de l’Intérieur, et Pascal Clément, garde des Sceaux, veulent « faire du chiffre ».

Mardi après-midi, dans une annexe de la préfecture de police, à quelques pas de la place d’Italie, Sarkozy a invité les policiers des brigades anticriminalité (BAC) à faire « un maximum d’interpellations chez les casseurs en essayant d’accumuler les preuves judiciaires, parce qu’un casseur arrêté, ça doit être un casseur condamné ».

« fêter sa 4 000e interpellation »

Dans une circulaire datée du 23 mars, Pascal Clément avait, de son côté, appelé les procureurs à une « indispensable fermeté » : « Je souhaite notamment que les représentants du ministère public n’hésitent pas à requérir des peines d’emprisonnement ferme chaque fois qu’un trouble grave aura été porté à l’ordre public, ou que les violences auront été le fait de récidivistes. » À ce rythme frénétique, le gouvernement Villepin devrait pouvoir « fêter », aujourd’hui ou demain, sa « 4 000e interpellation » de manifestant anti-CPE... Soit deux à trois fois plus, par exemple, que lors du mouvement contre le CIP en 1994.

Thomas Lemahieu (Humanité 7/10/06)

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