Et la gauche en qui beaucoup ont placé un espoir, à trois reprises a
beaucoup déçu.
Nous-mêmes n’avons pas toujours été à la hauteur de ces espoirs.
Depuis trop longtemps, les volontés de changement n’arrivent pas à se
traduire dans les urnes. Nous voulons mettre fin à cette situation qui
blesse la démocratie et provoque tant de mal-vie. Il y en a assez du
renoncement, de la violence sous toutes ses formes, du dépérissement des
droits, de la crise économique, sociale et démocratique.
Il faut rompre avec les logiques libérales et capitalistes qui nous
conduisent à des malheurs grandissants.
La question de 2007, n’est pas de savoir comment se dénoueront les chocs des
ego présidentiels, plutôt : sera-t-il possible, cette fois-ci, d’élire une
politique qui change vraiment la vie ?
Y aura-t-il un moyen pour vous d’exprimer vraiment votre voix ?
Y aura-t-il un moyen de se rassembler majoritairement sur un projet vraiment
courageux ?
J’ai la conviction que c’est possible. À condition de ne pas se figer dans
les clivages du passé et les habitudes. À condition d’en finir avec ce
bipartisme et ces alternances sans perspectives. À condition de chercher à
rassembler toutes les énergies antilibérales pour bouleverser la donne. Ce
n’est pas une douce folie, ce n’est pas du vent : le 29 mai, c’est cela que
nous avons fait ensemble. Et nous avons gagné. Tout cela ne peut pas rester
lettre morte. Il y a devant nous une chance historique, et des attentes
immenses.
Lors de leur congrès, les communistes ont lancé un appel à toutes les
forces, à tous les hommes et les femmes qui veulent en être dans leur
diversité, pour construire un grand rassemblement populaire et antilibéral.
Mais pour que cela ait lieu, il faut que les citoyennes et les citoyens
interviennent, qu’ils disent ce qu’ils souhaitent. Dans les forums, dans les
rencontres publiques de la gauche, nous vous invitons à venir nombreuses et
nombreux pour apporter votre pierre à cette dynamique. Pour réussir,
ensemble, nous avons besoin de tous. Je m’adresse à vous, parce que sans
vous, cela risquerait fort de ne pas se faire et surtout, cela n’aurait pas
de sens. La politique, la gauche, doivent être votre propriété.
Construisons ensemble un programme à partir des luttes, du bouillonnement de
débats qui se fait jour depuis près d’un an. Et construisons ensemble, pour
les législatives et la présidentielle, des candidatures capables de porter
ce programme, capables d’incarner ce rassemblement dans sa diversité de
forces politiques et sociales et de personnalités. Pour la Présidentielle,
qui empoisonne la vie politique, nous proposons qu’un homme ou une femme
issu de notre parti puisse incarner cela, à la façon dont nous l’avons fait
lors de la campagne du référendum : en garantissant la place de chacune et
chacun, en travaillant à une nouvelle
victoire partagée. Il faut en débattre et lever les blocages.
Si nous parvenons à constituer ce rassemblement, avec la volonté de faire
bouger toute la gauche, et de donner toute sa place à la dynamique populaire
antilibérale, alors nous pourrons battre la droite et réussir à gauche en
changeant vraiment et enfin la vie.
J’ai espoir. Beaucoup d’espoir. Je sais que par le passé la politique vous a
beaucoup déçu, en ne répondant pas à vos besoins, vos attentes, vos
aspirations. C’est à cela que nous voulons mettre fin.
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Marie-George Buffet :
mes sept propositions pour commencer à changer
vraiment la vie
Lutter vraiment contre la précarité, agir pour une croissance humaine
respectueuse de notre planète, étendre les droits des individus, les
solidarités, agir pour de nouveaux rapports en Europe et dans le monde c’est
une nécessité absolue.
Dans cette perspective, je propose 7 objectifs prioritaires et trois moyens
pour réussir.
1. S’attaquer vraiment au chômage et à la précarité en faisant de
l’emploi et de la formation la première priorité nationale :
• Après la victoire contre le CPE, une grande ambition pour le travail des
jeunes :
- Abroger la loi dite “d’égalité des chances”.
- Des CDI pour toutes et tous avec période de formation si nécessaire et
transformation des CDD et Interim en emploi stables.
- Une allocation pour accompagner les jeunes vers leur autonomie.
• Créer une “Sécurité d’emploi ou de formation” pour tous, assurant l’emploi
ou la formation avec maintien d’un bon revenu à chacun tout au long de la
vie.
• Donner aux travailleurs de nouveaux pouvoirs notamment dans l’entreprise.
• Favoriser la création d’emploi par une politique industrielle et de
service dynamique, l’investissement massif dans la recherche.
• Reprendre une politique de réduction du temps de travail, vraiment
créatrice d’emploi, avec l’abrogation des lois Fillon et l’amélioration des
lois Aubry.
2. Salaires : un relèvement massif du pouvoir d’achat populaire :
• SMIC : 1 500 euros bruts par mois pour 35 heures.
• Fonctionnaires : + 5 % pour toute la grille indiciaire.
• “Grenelle des salaires, des pensions et retraites, des qualifications et
de l’emploi”.
• Relèvement de tous les minima sociaux.
3. Un nouvel essor des droits sociaux pour enrayer l’insécurité sociale :
• Une sécurité sociale universelle, allant vers le 100 %, mettant la santé à
l’abris des appétits des assurances privées.
• Le droit à la retraite à 60 ans, après 37,5 annuités, avec 75 % du salaire
des 10 meilleures années.
• Un service public de l’habitat pour tous, la construction de 600 000
logements de qualité à loyers modérés en cinq ans.
• Un fonds national de lutte contre les inégalités scolaires, le recrutement
de 150 000 enseignants et 45 000 personnels d’accompagnement en cinq ans.
• Une politique culturelle pour tous bénéficiant du 1 % du PIB.
4. Étendre et démocratiser les services publics :
• Engager un vaste plan de reconquête et d’extension des services publics ;
• Revenir sur les privatisations, notamment EDF-GDF, ports, autoroutes ;
• Démocratiser la gestion des services publics.
5. La lutte contre les discriminations doit être déclarée grande
cause nationale pour toute la durée de la législature :
• Discriminations racistes, sexistes, anti-jeunes à l’embauche et au travail
: plan national de lutte. Égalité hommes-femmes : mesures contraignantes
dans la vie professionnelle et généralisation de la parité dans les
institutions.
• Laïcité : création d’un Haut conseil de la laïcité.
• Droit de vote et d’éligibilité pour les résidents étrangers, après trois
ans de séjour pour les élections locales et dix ans pour les élections
nationales.
6. Vivre librement dans la sécurité :
• Prévention : police de proximité, protection judiciaire de la jeunesse.
• Justice : grande réforme avec les moyens nécessaires, réforme
pénitentiaire axée sur la réinsertion.
• Abroger toutes les lois répressives qui mettent en danger les libertés.
7. Garantir la souveraineté alimentaire,
agir pour un développement durable et solidaire :
• Prix agricoles : prohiber le dumping au niveau mondial, et renouveler la
“politique agricole commune” européenne avec l’objectif de prix agricoles
rémunérateurs pour les paysans.
• Protocole de Kyoto : la France et l’Europe doivent agir résolument pour
son application.
• Créer un service public de l’eau du niveau local jusqu’au niveau européen
et mondial.
• Une politique énergétique favorisant la diversification d’énergies non
productrices de gaz à effet de serre (énergies renouvelables et énergie
nucléaire 100 % publique).
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Se donner les moyens de réussir
1. Il faut maîtriser l’argent, l’utiliser et le répartir autrement,
mobiliser tous les moyens pour un nouveau type de croissance, fondé sur la
satisfaction des besoins sociaux et humains.
• par la fiscalité : alléger les impôts sur les petits et moyens salaires et
augmenter fortement ceux des plus riches ; baisser la TVA sur les produits
de premières nécessités ; par l’extension des cotisations sociales aux
produits financiers et leur modulation incitative à la création d’emplois
qualifiés et bien rémunérés.
• par l’orientation sélective du crédit vers les productions utiles et le
développement de l’emploi, la mobilisation de l’épargne.
2. Il faut créer, collecter et répartir l’argent autrement par la
fiscalité, le crédit, la mobilisation de l’épargne ainsi que par des
cotisations sociales étendues aux produits financiers et incitatives à la
création d’emplois qualifiés et bien rémunérés.
3. Il faut donner plus de pouvoirs aux citoyens et aux salariés pour
faire entendre et respecter l’intérêt général :
• Une VIème République, fondée sur une démocratie pleinement participative,
redonnant sa valeur à la politique.
• Une démocratie sociale permettant d’en finir avec le pouvoir absolu des
actionnaires sur l’entreprise.
4. Il faut mettre le poids et l’autorité de la France, en Europe
comme dans les institutions internationales, au service d’une autre
mondialisation :
• Il faut profondément démocratiser les institutions européennes, notamment
la Commission, la Banque centrale et la Cour de justice.
• L’Euro et la Banque centrale européenne doivent s’attaquer aux diktats des
marchés financiers pour progressivement reprendre le contrôle public de
l’utilisation de l’argent. L’Union Européenne doit mettre en cause la “libre
circulation des capitaux”.
• Il faut réguler et maîtriser le développement des échanges commerciaux que
l’OMC cherche à libéraliser à outrance. L’Europe peut se fixer l’objectif
d’une alliance stratégique et durable avec tous les pays qui le souhaitent,
notamment ceux du Sud, pour faire émerger des règles plus solidaires et
responsables dans les relations internationales.
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